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Fatigue numérique : quand les chiffres prennent le pas sur nos sensations

Personne assise au calme, les yeux fermés, une main posée sur la poitrine, avec un téléphone à proximité

Le réveil sonne. Avant même de remarquer votre fatigue ou votre énergie du matin, vous consultez le score de sommeil affiché par votre montre. Le chiffre est rassurant, ou décevant. Il vous arrive peut-être même de revoir votre impression de la nuit à la lumière de ce résultat.

Que nous disent réellement ces mesures ? Les objets connectés peuvent aider à observer des tendances. Ils soulèvent aussi une question plus discrète : quand le score et la sensation ne racontent pas la même histoire, qui décide en premier ?

Une fatigue qui dépasse le temps d'écran

La fatigue numérique ne tient pas seulement au nombre d'heures passées devant un téléphone ou un ordinateur. Les notifications, les sollicitations successives et la possibilité d'être joint à tout moment peuvent prolonger mentalement une journée pourtant terminée.

On peut avoir rangé son ordinateur et continuer à attendre une réponse, anticiper un message ou penser aux tâches du lendemain. L'attention reste tournée vers ce qui pourrait arriver.

Un article de CORDIS, le portail européen des résultats de la recherche, présente une étude menée à l'université de Nottingham. Les chercheurs ont interrogé des salariés de professions variées sur leur environnement de travail numérique. Les personnes décrivent le sentiment d'être débordées, des frontières floues entre travail et vie personnelle, et la crainte de manquer une information importante. Il s'agit d'entretiens, qui rendent compte de vécus. Ils ne mesurent pas la fréquence du phénomène et ne disent pas que chaque usage numérique pose problème.

Le repos ne commence pas toujours quand l'écran s'éteint. Notre attention peut avoir besoin d'un peu plus de temps pour rejoindre le présent.

Quand le score devient un verdict

Nombre de pas, fréquence cardiaque, sommeil, récupération : nos appareils traduisent une part de notre quotidien en chiffres. Cette pratique d'auto-mesure est parfois appelée quantified self.

Les indicateurs peuvent aider à observer des habitudes, surtout lorsqu'on les considère comme des estimations et qu'on connaît leurs limites. Mais une note basse peut aussi influencer la façon dont nous interprétons notre journée. Le score n'est alors plus seulement une information : il devient un jugement auquel nous accordons beaucoup de poids.

Ce que documente l'orthosomnie. En 2017, Kelly Glazer Baron et ses collègues ont décrit, dans le Journal of Clinical Sleep Medicine, des patients inquiets de troubles du sommeil repérés dans les données de leur appareil, jusqu'à poursuivre un sommeil idéal. Ils ont proposé le terme « orthosomnie » pour nommer cette quête perfectionniste. Ce sont des cas cliniques, pas une fréquence mesurée dans la population. Ils montrent une difficulté possible chez certains patients, sans permettre de l'attribuer à tous les utilisateurs de montres connectées. Lire la publication.

Il vaut donc la peine de se poser cette question : que ressentais-je avant de consulter mon score ? La réponse peut compléter l'indicateur, parfois même le nuancer.

Ce que signifie écouter son corps

Les scientifiques emploient le mot interoception pour décrire la perception des signaux internes du corps, comme les battements du cœur, la faim ou la respiration. L'expression « écouter son corps » est plus large. Sentir le contact de ses pieds sur le sol, par exemple, n'est pas de l'interoception au sens strict. Dans la vie quotidienne, ces perceptions se mêlent sans être identiques.

Une étude publiée en 2025 dans Communications Psychology a porté sur 58 jeunes adultes au Japon. Ils effectuaient une tâche de détection de lettres pendant que des images liées aux smartphones étaient présentes, et répondaient à des questionnaires sur la perception de leur corps. Les participants les plus distraits par ces images déclaraient aussi une moindre conscience intéroceptive. C'est une association, observée dans un petit échantillon. Elle n'établit pas que les téléphones diminuent l'écoute du corps et ne permet pas de généraliser à d'autres populations. Lire l'étude de Haruki et ses collègues.

La question reste simple : au fil d'une journée, combien de fois remarquez-vous une fatigue, un inconfort ou une sensation agréable avant qu'un appareil ne vous en parle ?

Nos données de bien-être, à qui appartiennent-elles ?

Un score peut aussi poser une question de confidentialité. Une application connaît parfois des horaires, des habitudes d'activité ou des mesures corporelles que nous ne partagerions pas spontanément avec d'autres personnes.

Selon la CNIL, la notion de donnée de santé est large et s'apprécie au cas par cas. Une donnée peut en relever par sa nature, parce qu'elle est croisée avec d'autres informations, ou en raison de l'usage médical qui en est fait. Un nombre de pas collecté seul n'en est pas une. Une mesure de poids croisée avec le nombre de pas ou les apports caloriques peut en revanche le devenir.

Quand une application est proposée par un employeur, une assurance ou un autre service, quelques questions concrètes peuvent aider : quelles informations sont recueillies ? Sont-elles transmises à un tiers ? Peut-on limiter certaines collectes ? Proposer une application ne prouve pas que le partenaire accède à toutes les données. Lire les autorisations et la politique de confidentialité permet de mieux comprendre ce qui est prévu.

Trois façons d'accorder une place aux sensations

La relaxation évolutive part des sensations, de l'attention et du relâchement. Elle ne remplace pas une mesure médicale lorsque celle-ci est utile. Elle peut simplement offrir l'occasion d'observer ce que l'on remarque par soi-même.

Une étude expérimentale publiée en 2021 a comparé la relaxation musculaire progressive, la respiration profonde et l'imagerie guidée auprès de 60 étudiants en bonne santé, répartis au hasard entre ces trois pratiques et un groupe témoin. Chaque pratique durait 20 minutes, guidée par un enregistrement audio. Les trois ont augmenté l'état de relaxation évalué, par rapport au groupe témoin. Du côté des mesures physiologiques (activité électrodermique et rythme cardiaque), la relaxation musculaire et l'imagerie ont montré une tendance vers la détente, tandis que la respiration profonde a d'abord entraîné une hausse de l'activation avant un retour au niveau de départ.

Ces résultats concernent un effet immédiat, après une session de 20 minutes, chez des étudiants. Ils ne démontrent pas que ces pratiques modifient la relation aux appareils connectés. Ils invitent plutôt à ne pas faire de la respiration une performance. Consulter l'étude de Toussaint et ses collègues.

1. Avant le chiffre, une question

Si cela vous convient, prenez un instant avant d'ouvrir votre application. Comment vous sentez-vous maintenant ? Fatigué, disponible, tendu, indécis ? Vous pouvez aussi ne rien remarquer de particulier. Il n'y a pas de réponse attendue.

2. Revenir aux points d'appui

Assis ou debout, prêtez attention au contact des pieds avec le sol, à l'appui du dos ou à la position des mains. Si une posture vous gêne, ajustez-la. Laissez la respiration suivre son rythme habituel, sans chercher à la modifier.

3. Choisir un moment sans mesure

Écouter un morceau de musique, regarder par la fenêtre ou marcher quelques minutes sans consulter d'indicateur peut devenir une petite expérience. Le but n'est pas d'obtenir un meilleur score ensuite, simplement de découvrir comment vous vivez ce moment.

Si une pause guidée vous intéresse, FlowSerein propose aussi un exercice de cohérence cardiaque en ligne. Il guide la respiration à un rythme régulier, sans forcer, et vous restez libre de l'essayer ou non.

Et si l'on gardait les deux regards ?

Qui décide en premier, le score ou la sensation ? La question n'appelle pas forcément une réponse unique. Les appareils mesurent certaines choses, et leurs données peuvent nous apprendre quelque chose. Notre expérience intérieure apporte d'autres informations, parfois floues, parfois contradictoires. Aucune n'a besoin de devenir une autorité absolue.

Il est possible de consulter un indicateur et de se demander ensuite ce qu'il ne raconte pas. De sentir une fatigue même lorsqu'un score paraît excellent. Ou de remarquer que l'on va plutôt bien malgré une nuit mesurée comme imparfaite.

Peut-être que l'enjeu est là : apprendre à lire les chiffres tout en continuant à se lire soi-même.

Questions fréquentes

Qu'appelle-t-on fatigue numérique ?

C'est une expression courante pour parler de fatigue ou de surcharge ressentie dans certains contextes d'usage numérique : sollicitations répétées, disponibilité prolongée ou difficulté à décrocher. Elle ne constitue pas, à elle seule, un diagnostic médical.

Peut-on se fier à un score de sommeil ?

Il peut fournir une estimation et aider à repérer des tendances. Sa fiabilité dépend de l'appareil et de ce qu'il mesure. En cas de difficultés de sommeil qui persistent, un professionnel de santé peut proposer une évaluation adaptée.

Qu'est-ce que l'interoception ?

C'est la perception de signaux internes comme le rythme cardiaque, la faim ou la respiration. Elle représente une dimension de l'expérience corporelle, sans résumer à elle seule toutes nos sensations.

Faut-il abandonner les objets connectés pour mieux s'écouter ?

Pas nécessairement. Il est possible de conserver leurs informations tout en prêtant attention à son vécu. Chacun peut choisir la place à leur accorder et vérifier les conditions de collecte de ses données.

Sources et références

  1. CORDIS, portail européen des résultats de la recherche (9 janvier 2025). Is hyperconnectivity hurting our health? Article présentant une étude de l'université de Nottingham. Consulter l'article.
  2. Baron, K. G., Abbott, S., Jao, N., Manalo, N. et Mullen, R. (2017). Orthosomnia: Are Some Patients Taking the Quantified Self Too Far? Journal of Clinical Sleep Medicine, 13(2), 351-354. PubMed.
  3. Haruki, Y. et al. (2025). Attentional bias towards smartphone stimuli is associated with decreased interoceptive awareness and increased physiological reactivity. Communications Psychology. Article original.
  4. CNIL (8 janvier 2018). Qu'est-ce qu'une donnée de santé ? Consulter la page.
  5. Toussaint, L., Nguyen, Q. A., Roettger, C., Dixon, K., Offenbächer, M., Kohls, N., Hirsch, J. et Sirois, F. (2021). Effectiveness of Progressive Muscle Relaxation, Deep Breathing, and Guided Imagery in Promoting Psychological and Physiological States of Relaxation. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2021, article 5924040. Article original.

Note de transparence. Cet article a été rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle. Les références ci-dessus permettent de retrouver les sources citées. Les informations présentées relèvent de la vulgarisation et du bien-être. Elles ne remplacent pas un avis ou un suivi médical lorsque celui-ci est nécessaire.

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